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L'esprit olympique

The Olympic Spirit

 

Le geste d’entraide des deux athlètes, le 16 août à Rio. DAVID J. PHILLIP / AP

De quoi se rappelle-t-on quand on pense aux Jeux olympiques ? Pas de l’organisation, ni des polémiques qui les ont précédées, ni des infrastructures abandonnées quand ils sont terminés. On se rappelle d’une poignée de performances sportives incroyables, des records du monde, des quelques médailles qui nous ont marqués. Et de ces moments où ce qu’on appelle « l’esprit olympique » apparaît furtivement.

Le 16 août, la deuxième série du 5 000 m féminin est sur le point de se terminer. Les athlètes courent, compactes dans le peloton. La Néo-Zélandaise Nikki Hamblin trébuche, entraînant dans sa chute l’Américaine Abbey D’Agostino. Si certains coureurs comme Mo Farah peuvent se permettre de tomber et d’aller quand même chercher la victoire, une chute veut souvent dire la fin de tout espoir de qualification.

Plutôt que de repartir, D’Agostino aide Hamblin à se relever et les deux femmes, l’une au bord des larmes et l’autre blessée au genou, repartent ensemble. « J’ai senti une main sur mon dos qui me disait “Lève-toi, lève-toi ! On doit terminer, c’est les Jeux olympiques », raconte Hamblin.

L’Américaine fait quelques mètres et retombe, incapable de continuer. La Néo-Zélandaise tente de la relever.

D’Agostino lui dit de ne pas l’attendre et de finir la course.

L’Américaine se relèvera, une deuxième fois, et terminera dernière en 17 m 10 s 02, derrière Nikki Hamblin, avant-dernière en 16 m 43 s 61. Exténuée, Hamblin a été « impressionnée et inspirée » de voir sa camarade de galère traverser la ligne d’arrivée. Elles tombent dans les bras l’une de l’autre, sous les applaudissements du stade.

Malgré leurs dernières places, les deux athlètes ont été repêchées, non pas pour « esprit olympique élevé », mais après une plainte de leurs pays respectifs qui ont jugé la chute comme un incident non intentionnel.

D’Agostino quittera la piste sur une chaise roulante après avoir salué une dernière fois celle à qui elle sera liée à jamais dans l’histoire des JO. « Je n’oublierai jamais ce moment », a dit Nikki Hamblin après avoir un peu repris ses esprits.

« Quand on me demandera ce qu’il s’est passé à Rio il y a vingt ans, ce sera mon histoire (…). Tout le monde veut gagner et tout le monde veut une médaille. Cela a beau être décevant pour Abbey et moi, mais cela représente tellement plus qu’une médaille. »

Même si elles ne gagnent rien en finale, même si dans vingt ans on oublie leur nom, on se souviendra des gestes et de l’attitude de ces deux athlètes. Comme on se souvient du coureur de 400 m qui s’est claqué et a fini la course, en pleurs et porté par son père en 1992 (il s’appelle Derek Redmond) et des autres, qui ont fait preuve d’humilité, de générosité et d’humanisme au moment le plus important de leur carrière sportive.

www.lemonde.fr DAVID J. PHILLIP / AP