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L'Avenir d’Airbnb menacé à New York

A new law threatens the future of Airbnb in New York

 

Les concessions proposées à la dernière minute par Airbnb n’auront pas suffi. Vendredi 21 octobre, le gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, a signé une nouvelle loi qui prévoit d’infliger de lourdes amendes aux utilisateurs de la plate-forme de location de courte durée. Cette dernière a immédiatement décidé de porter l’affaire devant la justice. L’enjeu est de taille: la plus grande partie de son activité est désormais menacée à New York, qui constitue, derrière Paris, son deuxième marché.

7.500 DOLLARS D’AMENDE

Voté en juin dernier par une large majorité d’élus démocrates et républicains, le texte complète une première loi entrée en vigueur en 2011. Celle-ci n’autorise les locations d’une durée inférieure de 30 jours que si l’hôte est également présent. Autrement dit, il est possible de louer une chambre ou le sofa d’un salon, mais pas l’intégralité d’un appartement. Selon les données fournies par Airbnb, plus de la moitié des quelques 44.000 logements disponibles à New York ne respectent cependant  pas cette contrainte.

La nouvelle proposition veut donc aller encore plus loin. Elle punit désormais le simple fait de publier une annonce pour une location non conforme. Les hôtes d’Airbnb risqueront alors 1.000 dollars d’amende lors de leur première infraction, puis 5.000 dollars pour la deuxième et 7.500 dollars pour les suivantes. « Pendant trop longtemps, des sociétés comme Airbnb ont encouragé des activités illégales qui aggravent la crise du logement », justifie Liz Krueger, la sénatrice démocrate de l’Etat de New York.

HAUSSE DES LOYERS

A New York, comme ailleurs, Airbnb est en effet accusée de participer à la hausse des loyers en incitant des propriétaires à retirer leurs logements du marché de la location. Et en permettant à des hôtels clandestins d’opérer. En signe de bonne volonté, l’entreprise californienne explique avoir supprimé plus de 3.000 annonces cette année rien qu’à New York. « L’écrasante majorité des hôtes font partie de la classe moyenne« , assure par ailleurs Chris Lehane, le responsable des affaires publiques chez Airbnb.

Pour tenter de convaincre le gouverneur, Airbnb avait proposé, mercredi 19 octobre, plusieurs aménagements. Par exemple: interdire la location de plusieurs logements par la même personne, instaurer un système d’enregistrement des hôtes auprès des autorités et collecter automatiquement les différentes taxes hôtelières. Des propositions « absurdes », jugeait Linda Rosenthal, parlementaire démocrate à l’Assemblée de l’Etat de New York. « A la dernière minute, ils essaient désespérément de changer leur discours ».

LOBBYING

L’entreprise n’est pas seulement dans le collimateur des autorités new-yorkaises. A San Francisco, sa ville natale, elle a échappé fin 2015 à un durcissement drastique de la réglementation. Mais elle reste menacée par une amende de 1.000 dollars par jour et par logement n’étant pas enregistré auprès de la municipalité. Comme Uber, le service de voitures avec chauffeur, Airbnb s’est lancé dans la bataille de l’opinion publique, se présentant comme le défenseur des classes moyennes contre les intérêts de l’industrie hôtelière.

A New York, la société a dépensé 11 millions de dollars en lobbying. Et 8 millions l’an passé à San Francisco. Cet été, elle a recruté des anciens maires de Philadelphie, Houston, Rome et Adelaide pour l’aider à négocier avec les municipalités. Ces incertitudes réglementaires n’ont pas fait fuir les investisseurs. Le mois dernier, Airbnb a levé 555 millions de dollars, sur la base d’une valorisation de 30 milliards. Le dossier new-yorkais pourrait en revanche retarder une introduction en Bourse, attendue par certains observateurs dès 2017.

www.lemonde.fr  le , par Jérôme Marin