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Les bébés baptisés par la République

Babies baptised by the State

 

Ritualiser la naissance de son enfant sans passer par la case église ? C’est possible grâce au baptême républicain, une célébration laïque en constante progression.

Le baptême civil

Pour qui. Peuvent être baptisés civilement tous les mineurs de moins de 13 ans. Les parrains et marraines doivent, eux, être majeurs.

Comment procéder. La demande de parrainage est formulée par le ou les représentants légaux de l’enfant. Un dossier complet (justificatif de domicile, extrait d’acte de naissance…) doit être déposé en mairie. La célébration a lieu dans la commune où l’un des parents au moins est domicilié.

À quoi cela engage. L’engagement des parrains et marraines reste symbolique et moral. Le baptême n’est pas inscrit sur les registres d’état civil, et les mairies ont le droit de refuser de procéder à cette cérémonie. Dans le cadre du projet de loi « égalité et citoyenneté », renvoyé le 19 octobre pour examen devant une commission spéciale du Sénat, un article vise à reconnaître le parrainage civil et à en préciser les modalités. Il resterait cependant un engagement moral sans conséquence de droit.

Sérieux comme un pape avec ses petits souliers neufs, Joseph, 6 mois, semble hypnotisé par la cravate noire aux motifs crustacés de l’adjoint au maire. La « star du jour », comme l’appelle Jean-Marie Goater, l’élu de permanence ce samedi matin, s’apprête à être parrainé civilement, entouré des dorures du XVIIIe siècle et du buste de ­Marianne, dans la salle des mariages de la mairie de Rennes.

Depuis le début de la ­matinée, les cortèges nuptiaux défilent, quinze minutes chrono, sur le parquet point de Hongrie. Au milieu des vœux échangés ­entre époux, deux célébrations de parrainage, ou baptême républicain, se sont glissées dans l’agenda du jour.

Calé sur les ­genoux de sa mère, le petit garçon attend avec placidité d’« entrer dans la communauté républicaine »« C’est un acte de confiance et d’importance vis-à-vis de la marraine et du parrain, qui prennent l’engagement moral d’aider l’enfant », poursuit l’élu en jetant un regard aux deux adultes assis entre les parents de Joseph.

Sans passer par la « case église », Audrey Giboux et Jean-Christophe Blum, « mariés ­ civilement, baptisés, mais pas pratiquants », avaient envie de « fêter la naissance de [leur] premier ­enfant et de lui désignerun parrain et une marraine de manière un peu officielle ».

Un succès surprenant

En ces temps où la laïcité et les valeurs républicaines deviennent des objets d’affrontement et de crispation, le succès de cette pratique surprend. S’agirait-il de porter, d’une manière discrète, un message citoyen ?

« Notre démarche n’est pas militante, rétorque Jean-Christophe Blum. Nous ne nous posons pas en défenseurs de la laïcité. En revanche, le message républicain de “liberté, égalité, fraternité” nous correspond. » Professeur de lettres en classes préparatoires, Jean-Christophe se rappelle combien il avait été touché, lors du parrainage de l’enfant d’un ami, « par le discours de l’élu sur les ­valeurs républicaines d’humanité et de solidarité ».

Combien de parents baptisent ainsi leur enfant selon un rite qui serait né au lendemain de la Révolution française ? Impossible de le savoir à moins de recenser, mairie par mairie, le nombre de ces cérémonies qui n’ont aucune valeur juridique et ne sont pas consignées sur les registres de l’état civil.

« Depuis 1977 et l’arrivée de la gauche à la tête de la ville, nous proposons cette possibilité, explique Marc Hervé, ­adjoint aux finances et à l’administration générale. Avec environ 80 parrainages par an, la demande n’explose pas mais est en constante progression. »

A Lyon, 181 cérémonies ont été célébrées en 2015. A Nantes, la responsable du service prestations administratives, Brigitte Lorient, a comptabilisé 135 parrainages en 2015, soit 15 % de plus en un an. A Vesoul, une petite douzaine l’an passé.

Pour des raisons logistiques ou par conviction, les municipalités peuvent aussi refuser de célébrer ce type de baptêmes. Ainsi, à Paris, seules treize mairies d’arrondissements sur vingt ont procédé, en 2015, à 325 parrainages, un chiffre quasiment stable depuis trois ans.

Un choix qui ne se fait pas à la légère

Trois quarts d’heure après le petit Joseph, c’est au tour de Louise, 9 mois, de goûter au baptême bleu-blanc-rouge. La famille Recoursé a l’habitude. « C’est moi qui ai officié pour celui de mon ­petit-fils, Amédé »,raconte Paul Recoursé, le grand-père de Louise, ancien conseiller municipal de Saint-Brieuc.

Pour Florence, 32 ans, la maman de Louise, le parrainage civil était une évidence. « Je voulais lui donner d’autres adultes référents, qu’elle ait des personnes à qui se confier, si besoin », explique la jeune femme, chargée de communication.

« C’EST UN PEU COMME DANS UN MARIAGE, QUAND ON VEUT QUE TOUT SOIT PARFAIT. » SOPHIE BOISSARD, MÉDECIN NANTAISE

Dans toutes les familles, le choix des parrains et marraines – qui pourtant n’auront aucune obligation légale envers l’enfant – ne se fait pas à la légère. « En prenant pour parrains de mes deux enfants, Gaspard et Zoé, des amis de longue date, j’ai voulu aussi montrer l’importance que j’accordais à leur amitié », confie Florent Pinot, technicien dans l’automobile à Vesoul.

L’acte a valeur de symbole. Pour sa fille Aliénor, 15 mois, Elvire Stefanni, professeure des écoles, se souvient d’une cérémonie rapide, « quinze-vingt minutes à peine », mais solennelle. Un moment qui « marque une étape, permet d’inscrire une date supplémentaire dans l’histoire de ma fille et fixe une journée que l’on pourra lui raconter ».

Avec une trentaine d’invités, un parrain en retard à la mairie et un repas campagnard organisé dans sa petite maison de ville, Sophie Boissard évoque une « journée merveilleuse vécue sur les chapeaux de roue ». Un mélange de stress et d’émotion. « C’est un peu comme dans un mariage, quand on veut que tout soit parfait, et finalement c’est à la fin qu’on se détend », plaisante la ­médecin nantaise, qui a baptisé ses deux enfants (5 ans et 19 mois) le même jour.

Retour à l’hôtel de ville de Rennes. Louise, en petite robe bleu et blanc et poulaines à franges en daim, gigote dans les bras de son père. Il est l’heure de céder les bergères Louis XVI à d’autres familles endimanchées. Comme tous les parrainés, en souvenir de cette journée, la fillette repart avec un bol breton de la faïencerie de Quimper gravé à son nom et un livre de coloriage, des cadeaux de la ville.

« On applaudit quand même, et on file », s’amuse un ­proche, une corbeille de dragées à la main. Au restaurant, où ils ont convié leurs invités, Florence et son compagnon annonceront une autre bonne nouvelle. Jusque-là pacsés, ils ont décidé de se marier civilement. La date et le lieu sont déjà fixés : le 29 juillet 2017, à la mairie de Rennes. Ils connaissent la salle.

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