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Abus ou non des stagiaires

Abuse or not of trainees

 

En France, l’Assemblée nationale examine une proposition de loi visant à accorder plus de droits aux stagiaires (un plafond de stagiaires par entreprise, maximum de 48 heures par semaine, droit à des congés, l’accès au restaurant d’entreprise etc.). 
Côté stagiaire, il y a deux camps. Certains considèrent que l’expérience est un tremplin vers l'emploi. D’autres pensent que les stagiaires reçoivent des indemnités dérisoires pour un travail qui aurait pu être celui d'un salarié.
Le journal Le Monde présente des témoignages des deux côtés.

Trois témoignages critiques :

 « J’ai fait un stage de quatre mois. C'était pour moi une opportunité vraiment intéressante et le stage s'est bien déroulé, avec de vraies missions et un maître de stage à l'écoute. On m'avait dit que j'avais une chance d'être embauchée à la fin. Le moment venu, on m'a répondu que l'entreprise allait plutôt reprendre un stagiaire car il n'y avait de budget pour un poste.»

« J'ai été amené à faire plusieurs stages dans le cadre de mes études d'ingénieur. En France, le stage est vu comme un sous-emploi, voire peu ou pas payé, avec quasiment jamais de congés payés. Il est quasiment impossible de vivre décemment à Paris avec un salaire de stagiaire. Le stagiaire fait souvent le travail dont aucun salarié ne veut, le plus fatigant et le moins intéressant. De plus, certaines entreprises embauchent des stagiaires et les font « rouler » tous les six mois, de telle sorte que le stagiaire occupe un réel poste en entreprise.  

En Angleterre, le stagiaire jouit de conditions de travail normales, d'un salaire proche de celui d'un nouveau salarié de l'entreprise, idem pour le volume de congés. Il faudrait changer la législation car on s'oriente de plus en plus vers une véritable exploitation des jeunes stagiaires. Mais les stages sont devenus la norme, il devient impossible d'y échapper pour accéder aux offres d'emplois, qui demandent toujours plus d'expérience. De nombreuses offres de stages demandent même une expérience professionnelle précédente, et ne sont quasiment pas là pour former le stagiaire mais pour l'utiliser comme un véritable salarié à moindre coût. »

« Les stages sont évidement nécessaire pour se constituer un réseau et découvrir le monde professionnel. Mais, dans certains secteurs, les abus sont trop criants et personne ne s'insurge pour les remettre en cause. D'un coté, les étudiants sont obligés de valider leur stage pour avoir leur diplôme. De l'autre, les entreprises se servent des stagiaires pour faire des économies. Exemple type : une entreprise qui demande un stagiaire photographe au lieu de prendre un freelance. Elle va l'utiliser sans qu'il y ait de permanent, en lui faisant utiliser son propre matériel. Elle peut l'employer pendant deux mois sans le payer.»

 Trois témoignages positifs :

« Les cinq derniers mois de ma licence professionnelle sont consacrés à un stage. Le mien devait être un stage de pré-embauche. Finalement le patron ne pouvait pas embaucher quelqu'un comme moi. Malgré tout, j'ai appris beaucoup de choses et j'ai pris un peu d'expérience.

Le problème de beaucoup de stagiaires ne vient pas des entreprises mais bien de ce qu'ils apprennent à la fac :   l'université est parfois en total décalage avec les entreprises, beaucoup sortent avec un bac +5 mais ne sont pas employables du tout. Le stage est très utile. Même si les indemnités sont dérisoires (436,05 euros/mois), il est important de passer par un stage, cela permet de faire une bonne transition entre l'école et l'entreprise. »

« J'ai effectué mon stage de fin d'études (non-rémunéré) dans la filiale asiatique d'un grand groupe industriel. Cela a représenté un effort financier important mais aussi et surtout un investissement pour mon avenir professionnel. J'ai eu une promesse d'embauche après trois mois de stage et j'ai rejoint une autre filiale du groupe à la fin de celui-ci.

Ce stage m'a permis de démontrer mes capacités et de me rendre visible par les équipes basées en Europe. Seule stagiaire de mon équipe, j'ai réellement été formée. Cette expérience à l'autre bout du monde a été un passeport pour l'emploi et m'a permis de faire la différence. »

« J'ai effectué un stage en cabinet d'avocats dans lequel j'ai énormément travaillé. Quatre jours par semaine, pour en moyenne 40-45 heures. Certains pourraient y voir une exploitation anormale. Mon impression est toute différente, ce stage, fait avec sérieux et motivation, m'a permis un vrai « déclenchement » de mon parcours. Il m'a ouvert d'autres portes pour d'autres stages et au final un stage dans un prestigieux cabinet parisien. Etre sérieux dans un stage c'est se créer un réseau. »