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Paris cadenassé, Paris défiguré ?

Paris padlocked and disfigured

 

Le pont des Arts ne s'est pas effondré sous le poids des milliers de cadenas accrochés là par les amoureux. Juste une grille. Mais on pourrait le croire, à voir les torrents d'inquiétude déversés surTwitterUne seule grille s'effondre sous 700 kg d'amour et de ferraille et petits et grands médias ( BBC, CNN, etc.) ne parlent que de ça.

A gauche, le pont des arts et ses cadenas avant l'incident (Photo Karissa Caldwell sur Twitter)

Les amoureux americains, cadenas dédicacés déjà en poche, tremblent de ne plus pouvoir accomplir le rite durant leur prochain voyage à Paris : fermer la clef du cadenas avec l'aimé, dans la ville de l'amour, main dans la main et la jeter à l'eau dans la Seine.

Même Kim Kardashian l'a fait, ce qui va encore faire enfler la mode. Le monde vient de découvrir l'ampleur de l'épidémie de 'Love locks", qui commence à vraiment peser à Paris.

Cette folie du cadenas accroché à un pont aurait commencé en 2008. Pour réaliser l'ampleur de l'épidémie, il faut consulter le site We Lock Love, véritable Facebook du cadenas du coeur, ou l'on peut photographier et stocker son cadenas ou visiter les ponts de cadenas. A lui seul, le site recense déjà 57 000 cadenas...

En Chine ou au Mexique, avoir son cadenas de couple à Paris, c'est la consécration d'un amour.

A gauche, une portion du pont de l'Archevéché à Paris, envahi de cadenas (photo du site welocklove)Côté Français et surtout côté Paris, c'est le raz-le-bol. Sophie, deEscapades amoureuses, s'interroge un peu. Et ses photos comme les autres le prouvent : à force d'amour, Paris semble une succursale de Fichet ou Castorama. Mais pour Point Culture, la capitale est prise en otage, vandalisée, et ça suffit. "Cette mode n’est pas une preuve d’amour mais du vandalisme pur et simple, qui endommage d’une part ces monuments classés au patrimoine mondial de l’UNESCO et constitue une véritable pollution visuelle pour le  le paysage parisien. Cette manie de vouloir laisser désespérément une trace de son passage ne frappe pas uniquement Paris et le pont des Arts. Si Rome, Florence et Venise se montrent moins tolérantes envers cette mode des cadenas, difficile de lutter contre les multiples graffitis qui frappent les monuments historiques : ainsi, l’escalier menant au dôme de Santa Maria del Fiore, à Florence, voit ses murs totalement recouverts de graffitis attestant le passage d’un couple, d’une famille au sein de ce monument. Cette pratique, qui s’apparente encore une fois à du vandalisme pur et simple, rejoint celle des cadenas et est tout autant condamnable à mes yeux."

Le blog Le petit Renaudon trouve que l'on en fait trop pour ce fichu pont des Arts et n'est pas plus tendre pour les propositions des politiques pour résoudre le problème urbanistique que le cadenas pose :

"Certains veulent débarrasser le tablier de ces anodins mais pas toujours sans danger (??!!) petits signes de la connerie humaine, d'autres vont même jusqu'à lancer une pétition pour sauver les ponts et sites historiques de Paris, d'autres enfin se lamentent sur la disparition possible de cette innocente coutume qui est apparue vers 2008 et qui depuis lors n'a cessé de faire tâche d'encre sur tous les ponts de Paris (La passerelle Léopold-Sédar-Senghor, en face du musée d'Orsay, est touchée, comme les statues du pont Alexandre-III qui sont affublées d'antivols).

En tout, onze ponts sur la Seine sont affectés, jusqu'à la passerelle Simone-de-Beauvoir (12e-13e). Le phénomène s'étend : la grande passerelle des buttes Chaumont, la flamme de l'Alma, les grilles du belvédère du Sacré-Cœur… Trois passerelles du canal Saint-Martin en comptent chacune entre 200 et 300. Même le pont tournant de Crimée, sur le canal de l'Ourcq, dans le nord de Paris – zone peu touristique –, compte à présent une dizaine de breloques en acier. Seuls ceux accrochés à la tour Eiffel sont retirés aussitôt, selon le JDD. Les autorités y vont de leur déclaration politiquement correcte afin de ne froisser personne : c'est ainsi que madame Hidalgo a invité Bruno Julliard à ouvrir une réflexion afin de proposer des alternatives artistiques, solidaires et écologiques. Notre stratégie, déclare l'adjoint chargé de la Culture, n'est pas de suivre une démarche punitive qui ne fonctionnerait pas, mais de proposer une voie alternative. Nous allons lancer un appel à projet destiné aux artistes. Et nous voilà partis pour un nouvel happening, standardisé, encadré, muselé, comme si la mode en question n'était déjà pas horriblement convenue !"

Mais les faits sont là. Les cadenas amoureux envahissent le monde. En Chine, on cadenasse déjà ussi. L'épidémie du cadenas d'amour est en marche.

Une portion du pont de l'Archevéché à Paris, envahi de cadenas (photo du site welocklove)


Blog Louise Hoffman 

Un couple décide de rompre après la destruction de leur cadenas d’amour  

Lille – Ils s’aimaient mais finalement un tragique événement a eu raison de leurs sentiments l’un pour l’autre. Après avoir appris la destruction de leur cadenas d’amour à Paris sur le Pont des Arts, suite à l’effondrement d’une grille, un couple a préféré rompre immédiatement. Selon les deux ex-amoureux, c’est avant tout le signe que leur amour n’était peut-être pas aussi idéal et profond que cela. Reportage.

Le couple avait accroché le cadenas sur le Pont des Arts voilà  plus de trois mois, durant leur voyage de noces. « C’était un très joli cadenas, en laiton, très gros. On l’avait payé 10 euros à un jeune sur le Pont des Arts » raconte Jordana, très émue, tout en montrant une photo du-dit cadenas. « C’était le symbole de notre amour, unique, indestructible » explique Kevyn, 27 ans, effondré. « Quand j’ai vu que c’était justement la grille où nous avions accroché notre cadenas qui était à terre j’ai compris que notre couple traversait une grave, grave épreuve » ajoute de son côté Jordana, 24 ans. « Je pense qu’il faut regarder les choses en face on ne va plus s’aimer comme avant » dit-elle.

La jeune femme estime ainsi avoir ressenti une sorte de cassure au fond d’elle, au même moment de l’arrachage de leur cadenas par la Mairie de Paris. « Pour moi c’était très important, c’était le symbole de notre amour. Mais ceux qui ne connaissent pas le véritable amour ne peuvent pas comprendre » ajoute-t-elle. Elle ajoute qu’en outre elle envisage une action en justice contre la ville de Paris qu’elle juge légalement responsable de cette rupture amoureuse. « Ces gens là ne savent pas à quel point ce symbole était important, ils ont tout détruit, c’est que des jaloux » termine-t-elle en pleurant.

La Rédaction www.legorafi.fr

Photo: Wikicommon/Disdero