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Fait maison, décret bidon

Home made, an empty decree

 

En voilà une idée qu'elle était bonne : distinguer les restaurants qui cuisinent chez eux des produits frais de ceux qui assemblent des plats en kit fournis par l'industrie agroalimentaire. Tout le monde était d'accord. Les organisations professionnelles, soudain stupéfaites d'apprendre que 75 % de leurs membres s'approvisionnaient chez Metro ; le premier cercle des chefs étoilés, inquiets de la dégradation de l'image de la gastronomie française et de la disparition du savoir-faire ; les consommateurs, enfin, de plus en plus soucieux de l'origine de leur assiette et n'allant plus au restaurant pour payer bonbon des plats préparés, disponibles en grandes surfaces. Les instances politiques, attentives à la demande populaire et soucieuses de la réputation du pays, ont réagi.

Un plat fait maison, qu’est-ce que c’est ?

Un plat "fait maison" est élaboré sur place à partir de produits bruts. Des produits, déterminés par voie réglementaire, peuvent entrer dans la composition des plats "faits maison" après avoir subi une transformation de leur état brut nécessaire à leur utilisation." 

 

 

La machine législative s’est activée mais la version quasi définitive qui est sortie indique…

"Peuvent entrer dans la composition d'un plat "fait maison", les produits qui ont été tranchés, coupés, broyés, hachés, nettoyés, désossés, dépouillés, décortiqués, taillés, moulus ou broyés, fumés, salés, réfrigérés, congelés, surgelés ou décongelés."

Ce décret vide la loi de son esprit : permettre au client de distinguer le restaurant qui cuisine chez lui des produits frais de la masse de ceux qui offrent des plats venus d'ailleurs et sans CV. L'idée était également d'encourager les circuits courts, l'approvisionnement local et la création d'emplois, indispensables dans les établissements qui épluchent les légumes, lèvent les filets de poisson et brident les volailles. La cascade de dérogations ruine ces espoirs qu'un logo "fait maison" ne suffira pas à instaurer.

Ce texte ne satisfait ni la profession ni les partisans du vrai fait maison, et n'éclairera guère les clients. Un décret dans l'air du temps : un décret bidon.

(extraits)

jpgene.cook@gmail.com www.lemonde.fr