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"Comment ça va ?" reprend tout son sens

"How are you ?" gets back its full meaning

 

Certaines expressions prennent un autre sens en temps de crise sanitaire. "Comment ça va ?" a repris tout le sien, explique Muriel Gilbert.

Comment allez-vous, amis des mots ? Bien, j’espère. Tout le monde est sagement confiné. Mais justement, avez-vous remarqué que ces quelques mots, "Comment ça va ?", "Comment allez-vous ?", qui ne veulent rien dire habituellement, au point que c’en est agaçant, quand on y pense, une question que l’on vous pose sans attendre la réponse, ont pris un sens nouveau, ou plutôt ont retrouvé tout leur sens depuis que la pandémie de coronavirus a frappé la France ?

Quand on demande "Comment ça va ?", depuis quelques semaines, on s’intéresse à la réponse. Il faut bien qu’à quelque chose malheur soit bon, comme veut le croire la sagesse populaire.

Ah, en passant, je sais que je vais décevoir beaucoup de monde, mais on lit souvent que "Comment allez-vous ?" serait un raccourci ancien de "Comment allez-vous à la selle ?". Cette étymologie scatologique amusante, j’aurais adoré qu’elle soit exacte, mais malheureusement, on n’en trouve aucune justification sérieuse. Dommage. 

Mais revenons à notre mouton "Comment ça va ?" : en temps normal, à cette question lancée à la volée, il est quasi déplacé de répondre "Pas bien. J’ai pas le moral" ou "J’ai mal au ventre". Parce que, en réalité, ce "Comment ça va ?", la plupart du temps, n’est pas une question, en dépit de son point d’interrogation. 

"Ça va ?", une formule de politesse 

Qu’est-ce que c’est, alors ? Cela fait partie de ce que les linguistes appellent "la fonction phatique du langage". Des mots comme "Eh ben", ou "Voilà, voilà, voilà" ou même "Allô", dont le sens propre n’apporte rien à l’échange, à la conversation. Ce sont des mots que nous utilisons pour mettre de l’huile dans les rouages, du lien social, pourrait-on dire. Quand on croise un voisin dans la rue et qu’on lui crie "Ça va ?", bien souvent on n’a ni le temps ni l’envie d’entendre une vraie réponse. En revanche, on lui indique par-là qu’on l’a vu, qu’on l’a reconnu, en fait, on reconnaît son existence. Il existe pour nous. Ça n’a l’air de rien, pourtant c’est essentiel pour les animaux sociaux que sont les êtres humains. 

Ce qu’on attend de notre voisin, c’est qu’il réponde "Bien, et vous ?". Ce qui veut dire "Je vous ai vu, je vous ai reconnu", et peut-être même "Vous ne m’êtes pas antipathique". À peu près ce que font les chiens quand ils se reniflent le derrière, en somme.

Mais en ce moment, c’est différent… Parce que, en temps de crise, et de crise sanitaire tout particulièrement, on attend vraiment une réponse. Cela s’entend dans la façon que les gens ont de poser la question. Ils appuient sur les mots, ils écoutent votre réponse. Nous sommes tous inquiets de la santé de notre prochain. Et d’ailleurs il y a une autre expression dont l’emploi s’est multiplié dernièrement, notamment à la fin des courriels par exemple, à la place de "À bientôt", c’est "Prenez soin de vous". Eh bien, prenez soin de vous, amis des mots.

Un bonbon sur la langue Muriel Gilbert