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Aujourd'hui nous sommes le mercredi 25 novembre 2020. C'est la fête de Sainte Catherine.


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La bulle sociale - une bonne chose ?

The social bubble - a good thing ?

 

La bulle sociale, ce devrait être tout le temps, pandémie ou pas.

Le Covid-19 aura permis au moins de réaliser une chose : on peut très bien vivre en restant chez soi sans fréquenter grand monde.

Fini ces repas qui s'éternisent. 

Plus de fêtes, de tintamarre, de dialogues sans queue ni tête avec une inconnue qui s'avère être la cousine de son beau-frère et dont on apprend plus tard qu'elle travaille dans la finance mais rêve de tourner dans un film de Luc Besson avec qui elle entretient d'étroites connivences depuis le jour où il a répondu à une de ses remarques sur son compte Twitter.

Plus rien.

Plus de vie sociale. Plus de parlottes, de dialogues effarants de vacuité où dans un brouhaha impossible on évoque les prochaines vacances, la varicelle du dernier, le film à voir, le livre à lire, l'expo à visiter, l'émission à ne pas manquer. Plus de sourires de circonstance, de faux semblants, de cette comédie de l'apparence quand il nous faut apprendre à hocher la tête là où l'on donnerait volontiers un coup de boule. Plus de formules de politesse, de vannes foireuses, de plaisanteries douteuses auxquelles on finit par rire pour ne pas plomber l'ambiance.

Plus de toute cette extravagance des conventions sociales qui nous corsètent l'âme au point de l'empêcher de respirer. Plus de parties de cartes qui tournent au pugilat. Plus de réunions familiales où l'on s'écharpe sur l'héritage à venir du grand-père qui n'en finit pas de mourir et dont on guette depuis des années le magot précieusement conservé dans des pots de confiture enterrés au fond du jardin selon certains, dans la cave à vin pour d'autres.

Plus de ces sorties imposées au théâtre où dans la chaleur d'une salle pleine à craquer, on passe son temps à s'aérer avec le programme tandis que mal assis sur un fauteuil rapiécé, on entame une grande conversation avec les aiguilles de sa montre pendant que sur scène des acteurs livrés à eux-mêmes partent dans de grandes tirades que l'on essaye de suivre sans jamais en saisir le sens avant de retourner à ses pensées profondes où l'on se demande si on a assez d'argent liquide pour payer la baby-sitter.

Plus de séances de cinéma qui sont autant de sessions de torture quand après avoir bataillé pour avoir une place en fin de rangée, on s'aperçoit que la voisine de devant vous dépasse de trois têtes tandis que derrière vous quelques vieux messieurs se chuchotent des plaisanteries grivoises, ce qui a le don d'exaspérer la demoiselle d'à-côté qui n'entend rien à sa conversation avec son portable si bien qu'elle décide de changer de place et se sert de vos pieds pour arriver à ses fins.

Plus de soirées entre amis où voilà longtemps qu'on ne refait plus le monde se contentant d'aligner souvenirs sur souvenirs, évocation d'une jeunesse à jamais enfuie dont on célèbre la disparition à coups de bières qui viennent gonfler nos panses ventripotentes, ce qui nous vaudra quelques heures plus tard des visites répétées à sa salle de bains où dans le reflet du miroir, face à sa mine piteuse, on se jurera d'arrêter pour de bon de picoler comme un con.

Mais rester chez soi, peinard, tranquille, à poil ou en caleçon, roi de son salon, seigneur de sa cuisine, monarque de ses toilettes. Seul ou en bonne compagnie, la bulle sociale réduite à sa plus simple expression, sans personne pour venir vous emmerder.

La solitude à deux, quoi de plus merveilleux ?

Laurent Sagalovitsch — 7 octobre 2020 www.slate.fr
Spencer Davis 
via Unsplash