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Parlez-vous "Trump" ?

Do you speak Trump ?

 

A dificult job for the interpreters/translators

Le chemin de croix des traducteurs du président américain

Vocabulaire rébarbatif, argot, propos désordonnés… Traduire en direct le fantasque candidat républicain n’a rien d’une partie de plaisir. Témoignages d’interprètes français.

Il y a les conférences d'entreprises barbantes mais confortables, les traductions plus palpitantes sur la terre battue de Roland-Garros ou sur le plateau de « Quotidien »… et puis il y a les discours de l'ovni Donald Trump. Sur l'échelle de Richter des défis casse-gueule pour un traducteur-interprète, se frotter au président américain en direct à la télévision n'a pas d'équivalent.

Plusieurs de ces interprètes français ont accepté de nous raconter cette drôle de mission.

« Il faut savoir faire du n'importe quoi et improviser », concède Tom Viart. « Quand j'interprète, je suis vraiment dans le personnage. Je suis convaincu de tout ce que je raconte (rires). Mais c'est sûr que parfois, on se regarde avec le collègue et on se dit "what" ».

« Il répétera quinze fois le mot great »

Pour ne plus se faire piéger par le vocabulaire « ultra-limité » du chef d'Etat, cet interprète indépendant de 34 ans ne rentre jamais en cabine sans ses fiches de synonymes. « Maintenant, on sait qu'il répétera quinze fois le mot great, qu'il ne finira pas la plupart de ses phrases et qu'au final, ce ne sera pas un très beau discours, surtout s'il n'a pas de prompteur ».

Le « Trump », il le pratique en fait depuis la campagne de 2016. Un langage binaire, truffé de références à la télévision et aux sports américains, d'acronymes ou encore de surnoms piquants. Parmi les plus récurrents : « Crooked Hillary » (Hillary Clinton « l'escroc ») ou « Sleepy Joe » (Joe Biden « l'endormi », aussi traduit par « Joe gros dodo »).

Une étude menée par l'université américaine Carnegie Mellon avait avancé que le niveau de grammaire et de vocabulaire de Donald Trump n'atteignait pas le niveau d'un collégien de sixième (« sixth grade »). « Franchement, je plains beaucoup ceux qui font ça en direct », souffle la traductrice à l'écrit Bérengère Viennot. Leur rôle, c'est de tirer le message principal d'un discours. Seulement, avec lui, ça part dans tous les sens. Il ne va jamais d'un point A à un point B ».

« Il parle comme il tweete »

 « Il passe en permanence du coq à l'âne. Ce n'est pas simple dans notre métier où il faut sans cesse réussir à anticiper », grince l'interprète Loïc Hoff. « En fait, il parle comme il tweete ».

Il y a bien une chose que ces spécialistes ne retirent pas à Trump : sa spontanéité. « Je pense même qu'il est sincère, avance Bérengère Viennot. Seulement, il vit dans une autre réalité que nous. 

Reste à savoir comment restituer cette « sincérité ». Faut-il coller au lexique de Trump, à son argot et même à ses erreurs factuelles, quitte à perdre l'auditeur ? Ou bien user d'un langage plus châtié et recoudre une pensée à trous ? Tom et Loïc penchent pour la première option. « Il y a eu des choix éthiques à faire, se souvient Loïc. 

Le métier demande un subtil mélange de compétences.  À la limite de la traduction, du journalisme et du jeu d'acteur.

Olivier Marty pour Le Parisien www.leparisien.fr