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En voie de disparition

Becoming extinct

 

Les bars à tout et n'importe quoi

Trouvez les "mots" dans le text qui sont, soi disant, en voie de disparition.

Le monde contemporain permet de faire la tournée des bars sans boire une goutte. Du Bar à vue de la rue de Montreuil à Paris que les plus classiques d'entre nous auraient qualifié d'opticien aux bars à sourcils des magasins Sephora, vous ne trouverez rien qui puisse affoler votre éthylotest.

Pourquoi parler de bar pour ces endroits qui n'ont pas une bouteille en stock ?

"On y trouve un comptoir et des chaises hautes", répond-on au bar à cils le Tokyo Lash Bar, boulevard Saint-Germain. Mais alors les bars à sourire qui vous blanchissent les dents, ils ne font quand même pas ça perchés sur des tabourets ? Non, là le mot "bar" vous promet juste que ça va être sympa. " Le bar à sourire vous dit qu'il y a autant de plaisir à être assis à se faire blanchir les dents qu'à boire un café (qui va vous les jaunir) ", explique Antoine Masurel, directeur associé de l'agence de création de noms Raison d'être.

 Il n'y a pas plus de tabourets hauts au bar à chignon de la Maison de coiffure de Christophe Nicolas Biot. "Les femmes peuvent venir sans rendez-vous et, au lieu d'un Perrier menthe ou d'un crème, elles peuvent commander un chignon." En découvrant un bar à sieste dans le deuxième arrondissement, on se dit que la définition du bar est toujours plus élastique. "Le bar est devenu l'endroit où l'on vient pour un service précis, rapide", résume Corinne Bessis, dont l'agence de création de noms a pondu le Zoé de Renault.

Le mot bar recouvrerait-il donc désormais tous les lieux où le service est ultra-simplifié ? C'était ce que l'on croyait avant d'appeler un bar à peau de la rue Notre-Dame-de-Nazareth, dans le troisième. "On préfère le terme "skin bar", nous y répond-on. Après un face mapping, la cliente se fait un soin sous le coaching d'une esthéticienne pour améliorer la skin routine." Alors non.

Et ce bar à pain du boulevard du Temple à Paris ? "Nous, en fait, on est une boulangerie", répond le patron.

D'un point de vue marketing, les magasins se séparent désormais en deux catégories, nous explique Antoine Masurel : d'un côté la catégorie "je remplis mon fond de chariot en un minimum de temps et avec un minimum d'implication" et, de l'autre, la "shopping expérience", avec ses espaces de démonstration, hôtesses et conseillers. S'appeler bar, c'est sauter directement dans cette seconde catégorie.

Dans cette relation commerciale où le vendeur n'assume plus son nom, on ne va tout de même pas s'appeler "boutique" ou, pire, "magasin".

Le bar est ainsi devenu la version moderne et expéditive de " la maison du " qui promettait une offre exhaustive à s'y perdre. En allant à la Maison du caoutchouc, on était sûr de trouver le sien. Mais aujourd'hui, l'expression a vieilli.

 Le bar a aussi chassé les derniers "-rie" (1970-1985, selon Corinne Bessis), des spécialistes de l'onglerie à la bagagerie. Les " comptoirs à " sont déjà sur le déclin. Les bars auront-ils la vie plus longue ? Corinne Bessis parie que non. Notamment à cause de la syntaxe. " Le bar à, ça fait la copine à Marcel. Aller au coiffeur. Le côté cheap ressort, ça tire vers le bas. Dior ne va pas appeler son eau de toilette "l'eau à Dior" (et inversement, on ne dit pas non plus bar de putes). "

Guillemette Faure