Portrait d’un homme

This is a portrait of a man I had never heard of before reading his obituary, even though I have followed relatively closely the restoration of Notre Dame after the fire.

Mort du général Jean-Louis Georgelin : « Il n’avait aucun filtre, aucune langue de bois »

Le général Jean-Louis Georgelin, mort accidentellement vendredi dans les Pyrénées, était une grande gueule au cœur sensible, qui dirigeait la restauration de Notre-Dame comme un combat. Portrait d’un homme étonnant et respecté.

C’était d’abord une voix, tonitruante, qui roulait les « rrrr » de ses origines ariégeoises. Le général Jean-Louis Georgelin, décédé ce vendredi 18 août à 74 ans, la faisait résonner pour saluer, encourager ou haranguer ses « troupes ». L’homme était fort en caractère, droit dans ses bottes mais en version plutôt débonnaire et sympathique, plus près du Pierre Mondy de la « 7e compagnie » que de Rambo.

C’était aussi une carrure : une taille haute, une masse compacte ayant légèrement cédé à l’embonpoint, un regard scrutateur dans un visage tout en rondeur, souvent éclairé d’un sourire bienveillant, voire un poil moqueur. Il déroulait des plannings de chantier au millimètre, sa voix résonnait dans Notre-Dame et sur trois étages de l’Élysée.

 
La cathédrale meurtrie dont il supervisait la reconstruction était son ultime combat. Il ne pourra pas savourer sa victoire, la réouverture du monument au public le 8 décembre 2024. L’ancien chef d’état-major des armées de 2006 à 2010 est mort en randonnée dans les Pyrénées, vendredi après-midi. Il aurait chuté près du col du Faustin, à 2650 m d’altitude, à quelques jours de ses 75 ans.

Grand chancelier de la Légion d’honneur, il était ravi que le président de la République le nomme maître d’ouvrage de Notre-Dame après l’incendie de 2019. Catholique pratiquant et féru d’architecture, il était totalement dévoué à sa reconstruction, c’était son combat absolu. Il fédérait les troupes comme une armée au service du pays. Il savait mobiliser, redonner de la hauteur et de l’unité. Même s’il était en désaccord, cela ne durait pas, il cherchait à avancer dans l’intérêt supérieur de la Nation et n’avait plus rien à prouver.

Il conjuguait exigence et droiture. Il conciliait, ce qui est rare, la capacité à exécuter un plan de travail et un franc-parler, un naturel mêlé d’humour et d’autodérision. Il tranchait totalement avec l’image qu’on peut avoir des militaires. Il n’avait aucun filtre, aucune langue de bois. Ses compétences de militaire ont servi la restauration, il savait tout planifier précisément.

Partout, il laissait l’image d’un homme de devoir, unanimement respecté pour sa droiture sans concessions ni calcul d’intérêts, pour sa radicale liberté.

C’était un homme étonnant, toujours en première ligne. Il avait le don humain de détecter les personnes compétentes et de leur faire confiance.

Image ci-dessus: Le général Georgelin (ici en avril 2021), qui pilotait le chantier de la reconstruction de Notre-Dame, aurait fait une chute mortelle lors d’une randonnée dans les Pyrénées. LP/Olivier Corsan

Extracts from  an article in Le Parisien by Valentine Rousseau et avec Julie Cloris, Christophe Levent et Olivier Beaumontle on 19th August 2023


www.leparisien.fr

Some vocab:

la langue du bois : double speak, political cant
une grande gueule
une voix tonitruant : a thunderous voice
droit dans ses bottes: standing tall
une carrure :  frame
l’embonpoint :  plump, overweight
bienveillant : benevolent
un poil moqueur : slightly mocking ( a whisker of mockery)
dérouler :  to roll out
meurtri : scarred, bruised
maître d’ouvrage : project manager
féru de :  lover of
sa droiture : his uprightness