Dernier essai nucléaire en Polynésie
Il y a 30 ans, la France procédait à son dernier essai nucléaire en Polynésie
Le 27 janvier 1996, le tout dernier essai nucléaire français avait lieu en Polynésie. 30 ans jour pour jour après cette date historique, s’ouvrent à l’Assemblée nationale les discussions sur la refonte du régime d’indemnisation des victimes des essais nucléaires.
Le 27 janvier 1996, peu après 10h du matin (22h à Paris), les eaux de l’atoll de Fangataufa vibrent et blanchissent sous l’effet d’une explosion souterraine : la France vient de procéder à son dernier essai nucléaire, baptisé Xouthos, en Polynésie. La puissance de cette bombe est de 120 kilotonnes ; celle larguée sur Hiroshima, le 6 août 1945, n’était que de 12 kilotonnes.
Deux jours plus tard, le président Jacques Chirac annonce la fin définitive des essais lors d’une allocution télévisée. C’est la fin d’une série de campagnes qui se sont échelonnées dans l’archipel entre 1966 et 1996.
Sur cette période, 193 essais nucléaires sont effectués, dont 46 aériens entre 1966 et 1974. Parmi les plus connus figure Aldébaran, le premier tir atmosphérique le 2 juillet 1966. Un essai raté, tout comme celui du 17 juillet 1974, appelé Centaure. Touchant Tahiti, le nuage radioactif de ce dernier a contaminé potentiellement 110.000 personnes.
Adopté à l’unanimité
Si le nombre de victimes réelles est pour l’instant impossible à quantifier, cette question des conséquences sanitaires est au cœur d’une proposition de loi qui doit être examinée à partir de ce mardi 27 janvier en séance plénière à l’Assemblée nationale. Le texte, qui a été adopté à l’unanimité en commission mercredi dernier, vise à transformer le régime d’indemnisation des victimes existant.
A l’origine de la proposition de loi, la députée polynésienne Mereana Reid Arbelot (GDR) et le député du Finistère Didier Le Gac (EPR). Les deux élus connaissent bien la question : respectivement rapportrice et président d’une commission d’enquête parlementaire sur les conséquences des essais en Polynésie, ils ont sorti un rapport de plus de 1.500 pages en juin dernier.
Parmi les recommandations émises dans ce rapport, la refonte du régime d’indemnisation, connu sous le nom de loi Morin. Entrée en vigueur en 2010, elle impose trois conditions :
- avoir été présent sur les sites d’expérimentation ou dans des zones exposées aux retombées radioactives
- avoir été exposé durant une période de contamination avérée
- présenter l’une des 23 pathologies radio-induites reconnues
Ces trois critères créent une “présomption de causalité” entre l’exposition aux rayonnements et la survenance de la maladie. Depuis 2018, cette présomption peut être écartée par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) si la dose reçue est inférieure à un millisievert par an. Or ce seuil est contesté par les scientifiques.
Jusqu’à un milliard d’euros
La proposition de loi, à l’inverse, vise à créer une “présomption irréfragable” de responsabilité de l’État pour toute personne ayant séjourné dans les zones concernées aux périodes définies et développant une pathologie radio-induite inscrite sur une liste établie par décret. Elle étend également l’indemnisation aux “victimes par ricochet”, soit les conjoints et les proches.
Entre 2010 et 2024, seules 3.662 demandes d’indemnisation ont été déposées, et 1.200 personnes ont été reconnues pour l’instant victimes des essais nucléaires. Elles ont reçu chacune en moyenne 71.000 euros d’indemnités.
Avec cette refonte de la loi, quelque 13.000 personnes pourraient demander des indemnisations dont la somme pourrait atteindre un milliard d’euros, selon le député polynésien Moerani Frébault (EPR).



