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Habiter sur la Seine, en plein Paris

Living on the Seine in the middle of Paris

 

Le ciel est bas, il pleut depuis le matin, la Seine charrie des masses d’eau boueuses mais dans la salle à manger de Jacqueline et Jean-Louis Caffier, il fait chaud et sec. Le couple, qui vit sur cette péniche depuis une vingtaine d’années avec ses deux grands enfants, ne perçoit plus le léger tangage qui ballotte l’habitation. La "Fiancée du pirate", construite en 1933 et réaménagée voici trente ans par Jacqueline Caffier, qui sortait alors de l’école d’architecture, est amarrée port de la Rapée, au pied de l’imposant bâtiment du ministère des finances. "On est en ville et ailleurs en même temps", témoigne son mari.

400 foyers sur l'eau. Selon l’Association pour la défense de l’habitat fluvial (ADHF), on compterait à Paris 400 foyers vivant sur l’eau, aussi bien sur la Seine que dans l’un des ports aménagés le long du canal Saint-Martin. Parmi ces"bateaux-logements" figure une majorité de péniches mesurant exactement 38,5 sur 5,05 mètres, conformes au gabarit Freycinet, du nom de ce ministre de la Troisième République qui contribua à la modernisation des voies fluviales. Le promeneur peut aussi contempler, dans le port de l’Arsenal, quelques tjalks, ces voiliers néerlandais que l’on a parfois démâtés. Si les propriétaires sont dispensés d’impôt foncier, à condition toutefois de prouver qu’ils naviguent régulièrement, ils sont en revanche assujettis à la convention d’occupation temporaire, entre 450 et 909 € par mois à Paris.

Les "pénichards", comme il leur arrive de se nommer, n’en vantent pas moins les avantages de ce mode d’habitat. "Nous disposons d’un espace de 150 m², sans compter le toit, utilisé comme terrasse", indique M. Caffier en faisant visiter le vaste salon de style sixties, la cuisine américaine et les cabines confortables lovées dans la coque. L’emplacement des pièces et le mobilier s’adaptent à la forme particulière de l’habitacle, pièces à vivre au milieu du bateau et chambres aux extrémités.

Deux jours pour 80 km. L’omniprésence de l’eau impose un entretien rigoureux, comme en témoigne l’allure rutilante des péniches stationnées sur la Seine. "Il faut repeindre régulièrement et surveiller les points de rouille. Mais l’intérieur n’est pas humide", indique le propriétaire. La réglementation oblige en outre de placer le bateau en cale sèche au moins une fois tous les dix ans. Pour les Caffier, cette procédure commence par un long voyage, un à deux jours à petite vitesse, en direction de Saint-Mammès (Seine-et-Marne), à 80 km en amont de Paris. Le nettoyage de la coque, agrémenté le cas échéant de travaux de soudure, nécessite quelques jours de travail puis on rentre, un peu plus rapidement puisque dans le sens du courant. Il arrive également à la famille de naviguer pour le plaisir, sur la Seine, ses affluents ou les canaux de l’est de la France. "Après quinze jours de voyage à 10 km/h, on cultive un rapport au temps particulier", commente Mme Caffier.

Voyage à domicile. Le reste de l’année, le voyage s’invite à domicile. Au cœur de Paris, les touristes ne sont pasrares. Les Caffier les renseignent, font la conversation, et à l’occasion rechargent le téléphone d’un sans-abri. Le spectacle est aussi sur l’eau."On aperçoit toutes sortes d’embarcations, de la péniche où l’on répare les Vélibs à la navette fluviale Voguéo [NDLR : l'interview a été réalisée à l'automne 2010], généralement vide, en passant par les barges transportant des marchandises", raconte le propriétaire. Parmi ces bateaux, seules les vedettes rapides de Bercy, qui filent avec ministre à bord vers l’ouest parisien, gênent vraiment les habitants. "Elles se déplacent à toute vitesse, au mépris de toutes les règles de circulation", relève Nicolas Lehmann, vice-président de l’ADHF.

Crues. Enfin, les crues fragilisent, à l'occasion, l'accès à ces habitations. Les péniches montent certes avec le niveau du fleuve, mais en cas d'événement exceptionnel, la fameuse "crue centennale", les bateaux n'échapperaient pas à une évacuation.  Lire ici les conséquences dramatiques d'une potentielle crue de la Seine sur les transports en Ile-de-France.

NB : Cet article avait été publié dans les pages "Le Monde" de Direct Matin, en novembre 2010. Depuis, le service Voguéo a été supprimé. Je l’avais annoncé en décembre 2012 : "Paris laisse couler sa navette fluviale".