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L'histoire de Carlo Ponzi au théâtre

Ponzi's story on stage

 

Escroquerie financière mais réussite théâtrale

Le système de Ponzi vous dit-il quelque chose ?

 

Quand il a été arrêté, en décembre 2008, Bernard Madoff,  l'escroc du siècle (50 milliards de dollars - 39 milliards d'euros - détournés et 150 années de prison), a déclaré qu'il s'était inspiré, pour son énorme arnaque, d'une "chaîne de Ponzi".

 

L'auteur et metteur en scène David Lescot a eu l'idée d'aller voir qui était cet inspirateur. Il est tombé sur un personnage fascinant, emblématique des débuts du capitalisme financier. Il en a tiré une pièce, et un beau spectacle choral qui a été créé à Limoges, au Théâtre de l'Union, mercredi 18 janvier, avant d'arriver au Théâtre des Abbesses, à Paris, et de tourner en France.

Carlo Ponzi, qui naît vers 1880 à Parme, d'un père postier et d'une mère qui rumine la grandeur déchue de sa famille, est d'abord un petit émigré italien qui traverse l'Atlantique sur l'"entrepont des miséreux". Parti avec 200 dollars en poche, il les perd au poker sur le bateau et débarque à Boston, en novembre 1903, avec 2,50 dollars. La vie rocambolesque de ce "Charlie Macaroni" comme un autre navigue pendant quinze ans, dans cette Amérique du début du siècle où il y a du travail pour tout le monde, entre petits boulots et combinazioni minables.

De New York à Montréal, d'Atlanta à Blocton (Alabama), il est garçon de café, infirmier ou employé de banque, dans une errance qui le laisse invariablement "costume troué, poches vides". En prison, où il échoue après avoir servi de passeur à des émigrés clandestins italiens, il rencontre Charles Morse, un Madoff avant l'heure, qui lui apprend comment il a mené ses affaires et détourné des fonds bancaires en toute illégalité et - quasiment - en toute impunité.

Puis on retrouve Carlo Ponzi à Boston, vers 1915, où, employé par une compagnie d'import-export, il a apparemment décidé de mener une existence modeste et tranquille. Pas pour longtemps. En 1919, alors que la guerre a provoqué la chute vertigineuse de plusieurs monnaies européennes, Ponzi a une illumination : et s'il spéculait sur les coupons-réponses internationaux édités par les services postaux des différents pays, et dont la valeur est la même d'un pays à l'autre ?

A partir de là, il monte cette gigantesque escroquerie financière qui lui vaut aujourd'hui une notice dans les encyclopédies et les dictionnaires d'économie, et qui consiste, en garantissant 50 % de taux d'intérêt au bout de 45 jours à ses investisseurs, à déshabiller Pierre pour habiller Paul, c'est-à-dire à payer les premiers avec l'argent des derniers. Au début, ça marche : Carlo Ponzi sera millionnaire pendant un an, avant sa chute, en 1920.

"A travers Ponzi, observe David Lescot, c'est le siècle à venir qui se raconte, d'un point de vue qui n'est ni celui des utopies, ni celui des régimes politiques, ni celui des guerres, mais celui de l'argent", et, donc, particulièrement intéressant aujourd'hui. La réussite du spectacle tient à ce que l'auteur-metteur en scène invente une forme de théâtre épique fluide et léger, sans aucun didactisme, qui lie de manière à la fois souriante et mélancolique l'intime à l'Histoire.

Alors, les voilà, ces personnages qui tous existent avec force, même les plus fugaces, comme sortis du chœur qui porte le récit, dans ce Far West financier du début du XXe siècle que David Lescot ne cherche pas à superposer de manière simpliste à notre époque : Ponzi et sa femme, l'étonnante Rose, sa mère, la terrible Imelde, et tout un peuple de banquiers, d'escrocs, d'employés, d'avocats, de policiers et de détectives, et ces "petites gens" qui, méfiants mais aveuglés par la perspective du gain, remettent leurs maigres économies entre les mains de l'illusionniste Ponzi.

Sur le plateau où l'espace se recompose sans cesse, à l'aide de simples tables de métal et de chaises à roulettes qui peuvent figurer aussi bien des cabines de bateau qu'un train ou un intérieur de bureau, on passe naturellement d'une époque à l'autre, d'un continent, d'un personnage à l'autre, dans un récit théâtral porté autant par la musique et les climats qu'elle installe que par les mots.

David Lescot a réuni et dirigé en chef d'orchestre un très bel ensemble d'acteurs-musiciens, qui pour la plupart endossent plusieurs rôles. Scali Delpeyrat joue avec subtilité et élégance Carlo Ponzi, ce pantin du capitalisme qui révèle tous les rouages du système, et nous rappelle que les escrocs ne prospèrent que sur le monde qui les crée.


Le Système de Ponzi, texte, mise en scène et musique de David Lescot. Théâtre de la Ville au Théâtre des Abbesses, 31, rue des Abbesses, Paris 18e. Mo Abbesses. Tél. : 01-42-74-22-77. Du 25 janvier au 10 février, du mardi au samedi à 20 h 30, les dimanches 29 janvier et 5 février à 15 heures. De 14€ à 25 €. Sur le Web : www.theatredelaville-paris.com.

En tournée de février à avril, à Cavaillon, Blois, Nancy, Saint-Etienne et Strasbourg.

Fabienne Darge